MORTS SOUS LE SOLEIL

Les ennuis ont parfois une apparence trompeuse.


En convalescence après un accident qui l’a laissé émotionnellement et physiquement usé, Jon a pour seul but de vivre une vie simple, libre de toute complication et de toute attache. Son nouveau coloc’, un rat de bibliothèque insouciant, semble être parfaitement adapté à ses plans, de prime abord. Il ne découvre que plus tard que Léandre est voyant, avec pour spécialité la recherche d’animaux de compagnie perdus. Jon est un sceptique-né pour tout ce qui a trait au surnaturel, et il est convaincu que Léandre est cinglé.


Les croyances de Jon sont mises à l’épreuve lorsque Léandre se voit confier la tâche de retrouver un adolescent disparu et demande à Jon de l’aider. Très vite, tous deux se retrouvent jusqu’au cou dans une affaire de meurtre vieille de plusieurs décennies. Les collines et vallées de la Cité des Anges recèlent bien des secrets profondément enterrés, et Léandre a le chic pour les dénicher.


Les espoirs de Jon de vivre une vie tranquille s’envolent par la fenêtre lorsqu’il est attiré de plus en plus par les enquêtes psychiques de Léandre. Exhumer le passé pose bien des dangers, mais le plus gros risque pour Jon, c’est de mettre son cœur meurtri sur la table.

 

Extrait:

Chapitre 1

C’est le caractère aléatoire des choses qui me fait le plus peur : ne pas savoir ce que le destin ou simplement la chance a en réserve. Votre vie toute entière peut être complètement renversée quand vous vous y attendez le moins. Je tenais ce fait pour acquis, et détestais cette sensation de ne pas avoir le contrôle. Mais après une année difficile, j’étais enfin sur le chemin de la guérison. Je croyais que si je gardais la tête baissée, me défaisais de toute complication, j’irais bien. Aussi, quand je postais des prospectus dans les campus alentour, tout ce que je cherchais, c’était un colocataire. De préférence un intello socialement inapte. Quelqu’un qui paierait la moitié du loyer et ne causerait aucun ennui.

Un jour plus tard à peine, le premier email m’arriva d’une personne prénommée Léa. Je renvoyai une brève réponse lui disant qu’elle pouvait passer après quinze heures. Si elle ne voyait pas d’objection à partager un appart avec un gars, je n’avais rien contre.

À quinze heures cinq, la sonnette retentit, et je trouvai un maigrichon sur le pas de ma porte. La première chose qui me frappa à son sujet fut que ses cheveux blonds partaient dans tous les sens, comme s’ils essayaient d’échapper à son scalp. La deuxième chose que je remarquai, ce furent ses yeux bleu vif.

Ils brillaient à mon attention avec une gaieté injustifiée.

— Salut, je suis là pour la chambre.

Avec sa peau douce et son regard candide, il paraissait aussi jeune et innocent qu’un œuf fraîchement pondu.

J’étais perdu et je n’en fis pas un secret :

— Je m’attendais à voir une fille : Léa.

Je le prononçai avec l’accent, comme toute personne normale.

Il me lança un sourire.

— Oh, c’est bien moi. Léandre Thorne, Lea en abrégé.

Il le prononça sans accent.

— Ça rime avec lit, ajouta-t-il en me tendant la main.

J’étais planté là, après avoir fait sa rencontre cinq secondes plus tôt, et il m’avait déjà emmêlé les pinceaux. Ça aurait dû être un indice, mais avec le recul, j’aurais dû m’acheter des doubles foyers. Je haussai les épaules comme pour me débarrasser de ma confusion et me lançai :
— Jon Cooper. Sans h.

Nous nous serrâmes la main et je l’invitai à entrer. Pendant que je le faisais visiter, Léandre (à quoi pensaient ses parents, franchement ?) buvait mes paroles.

— Et voici ta chambre, dis-je en terminant la visite.

Il entra et fit un tour sur ses talons.

— Très joli. J’adore la couleur.

La propriétaire m’avait offert le premier mois de loyer quand je lui avais proposé de repeindre moi-même les pièces. J’ignorais pourquoi j’avais choisi ce jaune soleil pour celle-ci, mais je trouvais qu’elle allait bien avec Léandre. Évidemment, je ne lui en dis rien. Au lieu de ça, je m’en tins aux affaires. Pendant qu’il inspectait la chambre, je lui énonçai les faits :

— Il y a des règles, dans cette maison. C’est mon nom qui est sur le bail, et si tu les brises, je te botte le cul et je te jette à la rue. Pas de musique trop forte, peu importe l’heure. Pas de fêtes dégénérées ni d’autres conneries de ce genre qui agaceraient les voisins. Pas d’animaux. Et pour l’amour du ciel, si des amis à toi viennent te chercher, fais-les monter jusqu’à la porte. Les coups de klaxon dans la rue, c’est désagréable, putain.

— Ça ne sera pas un problème. Je n’ai pas d’amis, dit-il d’un air désinvolte tout en scrutant les recoins d’un tiroir de la commode.

Il fallait être un enfoiré au cœur de glace comme moi pour ne pas en être affecté. Avec un nom comme Léandre ? Quelle surprise, me dis-je, mais ce que je dis tout haut fut :

— Tu es jeune. Je suis sûr que tu finiras par t’en faire quelques-uns. Quel âge as-tu, d’ailleurs ? Dix-huit ?

— Vingt-deux !

Je ravalai un rire en le voyant gonfler son torse tout menu. Oui, on pouvait dire que je l’appréciais déjà, et il me semblait raisonnablement intello, aussi.

— Tant mieux pour toi.

Je lui fis une tape dans le dos, mais dus attraper son épaule pour qu’il ne s’écrase pas face contre terre.

— Allez, viens, laisse-moi te montrer la salle d’eau.

Je le guidai jusqu’à la porte, sur le mur opposé. La pièce au-delà n’était pas bien large, juste des WC et un lavabo, mais cela lui offrirait un peu plus d’intimité, et signifiait également que j’aurais la salle de bains principale pour moi tout seul, en grande partie.

— Cool, dit-il d’un air absent.

Il inclina la tête comme un oiseau tout en me regardant.

— J’ai vu une bibliothèque vide dans le salon, et je possède quelques livres…

Ce signe supplémentaire de son intello-attitude compléta ma bonne humeur.

— Elle est à toi. Autre chose ?

— Non.

— Alors, tu veux la chambre ?

Il hocha vigoureusement la tête.

Je me dis que cet arrangement serait très bien pour moi. Je faisais un mètre quatre-vingt-dix et j’avoisinai les quatre-vingt-onze kilos. Je devrais pouvoir le soulever, même avec ma mauvaise épaule. Il ne me poserait pas problème.
***
Coup de chance pour Léandre, j’étais à la maison lorsqu’il arriva avec la camionnette de location et pus l’aider à décharger. Ses « quelques » livres formaient les deux-tiers de ses biens. Ils accaparèrent la totalité de la bibliothèque, et il en avait encore plusieurs cartons pleins.
— Tu les as tous lu ? demandai-je.

J’espérais qu’il ne soit pas l’un de ces pseudos collectionneurs.

— Évidemment.

Il s’effondra sur une chaise. J’étais impressionné qu’il ait réussi à mettre ces cartons dans le camion tout seul. Les livres, c’est lourd, et il n’est pas vraiment du genre costaud.

— Alors pourquoi tu les gardes ?

Je lisais, moi aussi, mais je n’en faisais pas la collection.

Il me regarda comme si j’étais un extra-terrestre.

— Pourquoi je les garderais pas ?

— Tu sais déjà comment ils finissent, alors à quoi bon ?
Il me lança un regard blessé.

— On ne lit pas un livre pour en connaître la fin, mais pour l’expérience en entier. Je relis mes préférés au moins une fois par an.

Il se tourna vers la bibliothèque avec un sourire euphorique.

— Et ils me donnent l’impression d’être chez moi.

Ouaip, un bon gros intello, tout comme il faut. Nous n’eûmes pas d’autre conversation pendant un temps après ça. Secrètement, j’appréciais d’avoir une autre personne avec moi. La solitude n’avait jamais été mon fort. J’aimais le trouver sur le canapé du salon, le nez plongé dans un bouquin, quand je rentrais de l’école, ou tout simplement entendre les bruits qu’il faisait quand il s’occupait. L’appartement en lui-même avait une autre odeur depuis qu’il était là. Léandre exsudait une chaleur aisée, mais je ne voulais pas lui donner l’impression que nous étions potes. Il avait un léger air de chat de gouttière, et je n’avais aucunement l’intention de jouer les Bons Samaritains.

De toute façon, le semestre d’automne venait de commencer et j’étais très occupé. Et anxieux. Reprendre des études m’avait semblé être une bonne idée quand je m’étais inscrit, mais désormais doutes et peurs me contractaient l’estomac comme un repas très lourd. Et si j’avais tort ? Je pourrais me retrouver sans le sou et sans emploi. Être plus âgé que la plupart des étudiants me laissait un intense sentiment de ne pas être à ma place. J’étais un débris de vingt-huit ans qui à la suite d’un burn-out avait l’impression d’avoir dix ans de plus tandis qu’ils gambadaient autour de moi avec leurs vies prêtes à éclore, pleines d’espoir et de promesses. Ils m’irritaient diablement. Je voulais les secouer et leur dire d’arrêter d’être aussi heureux, que tout finirait par sombrer dans la merde en un rien de temps.

Je n’avais pas toujours été un tel enfoiré débordant de joie, mais insomnie et cauchemars me hantaient depuis que les médecins avaient interrompu mon super traitement. Cette nuit-là, justement, j’avais rêvé que je conduisais une voiture, mais j’étais incapable de tourner le volant ou d’appuyer sur le frein. Je m’étais éveillé à moitié avant de me crasher, j’avais repoussé les couvertures avec mes pieds, et m’étais rendormi.

Soudain, je me retrouvai devant un berlingot de lait.

— Jon, ça va ? me demandait Léandre.

Je le regardai sans comprendre.

— Hein ?

— On dirait que tu viens de découvrir les portes vers une autre dimension dans le bac à légumes.

Je le dévisageai pendant une seconde, puis me tournai à nouveau vers le lait. Apparemment, j’étais planté devant le frigo ouvert, vêtu seulement d’un boxer. Trop génial, putain. Je refermai le frigo et repris mes esprits.

— J’avais du mal à dormir. C’est moi qui t’ai réveillé ?

L’horloge murale indiquait minuit cinq.

Son regard passa brusquement de mon ventre à mon visage, et un froncement de sourcils préoccupé s’empara de son visage.

— Nan, je lisais. Je suis noctambule. Assieds-toi. Je vais te préparer quelque chose qui t’aidera à dormir.

Je pariai qu’il s’agirait d’une tisane. Il avait des piles entières de ces trucs et de nouilles chinoises de son côté du placard de la cuisine. Pas grand-chose d’autre. Je n’avais pas envie de thé, mais j’étais trop désorienté pour protester. Je m’assis donc et me demandai combien de temps ma crise de somnambulisme avait duré et si je m’étais fait capté. C’était déjà assez pénible de savoir que j’étais en train de perdre une case ; je n’avais pas besoin que quelqu’un d’autre soit au courant aussi.

Il mit la bouilloire à chauffer et tira une autre chaise.

— Tu vas à PCC, c’est ça ? Qu’est-ce que tu étudies ?

PCC, c’est comme ça que tout le monde appelle la Pasadena City College. Je me grattai le menton. Le bruissement de ma barbe de trois jours sembla se réverbérer dans le silence de la cuisine.

— L’art.

Il écarquilla les yeux.

— Vraiment ?

— Je n’en ai pas l’air, hein ?

— Non ! T’es pas mal.

J’aurais juré qu’il avait rougi.

— Euuh, ce que je veux dire, c’est que les artistes sont des personnes comme tout le monde. Physiquement. Enfin, mentalement aussi. En grande partie.

Il se mordit la lèvre.

— Que faisais-tu avant ?

— Bâtiment.

Il hocha la tête. Je suis sûr qu’il avait plus de facilité à m’imaginer sous un casque de sécurité que devant un chevalet.

— Et qu’est-ce qui t’a poussé à reprendre des études ?
— J’avais besoin de changement.

C’était l’euphémisme de l’année. Après un an en dépression, j’avais besoin de laisser derrière moi tout ce qui me rappelait ma défunte femme, Alicia, ou je me serai jeté d’un pont, et il n’est pas facile d’en trouver des potables à L.A. La plupart passent au-dessus d’autoroutes. Mon but n’était pas de causer un carambolage.

Il me regardait avec l’air d’attendre quelque chose, aussi ajoutai-je :

— J’ai eu un accident, et ça m’a niqué l’épaule. J’ai dû me trouver une nouvelle carrière.

— Et tu as décidé de devenir un artiste. C’est génial !

Il ne l’avait même pas dit pour être poli. Son sourire brillait comme si je venais de lui révéler un précieux secret.

Je me devais de briser rapidement ses désillusions au sujet de ma génialité.

— Pas tout à fait. PCC a tout un tas de formations en alternance. J’avais prévu de prendre des cours pratiques genre les Technologies automobiles ou Électricité. Mais j’ai fait l’erreur de dire à ma conseillère que je dessinais – c’est mon hobby – et elle m’a demandé de lui faire une démo. Avant de comprendre ce qui m’arrivait, elle m’avait fait m’inscrire pour la conception publicitaire.

En voyant le regard attentif de Léandre, je réalisai que je radotais comme un vieux plouc. La fatigue me faisait toujours ça.

— Qu’est-ce qui te plaît pas dans la conception publicitaire ?

— C’est frivole. Le monde aura toujours besoin d’électriciens. Ils gagnent bien leur vie.

J’avais beaucoup de mal à croire que j’avais laissé Mme Matthews me convaincre de prendre des cours d’art. Il y avait un truc chez ces nanas aux instincts maternels auquel je ne pouvais jamais dire non. Et je suis loin de parler de ma propre mère, qui est aussi chaleureuse que le Pôle Nord.

Le geste suivant de Léandre me prit totalement par surprise. Il tendit la main et la posa sur la mienne. Je ne pouvais même pas regarder dans ses yeux, tournés vers le bas, pour y chercher une explication. Son contact était à la fois doux et ferme, et envoyait des courants électriques dans tout mon corps, éveillant des envies que je voulais taire. Je restai assis, figé tel un lapin en face d’un serpent. Je voulais retirer sauvagement ma main, mais j’aurais eu l’air débile. Heureusement, le cri de de la bouilloire mit un terme au moment.

— Tout ira bien, me dit-il en se levant et en se tournant vers la cuisinière. Tu n’es pas alcoolique, au moins ? demanda-t-il par-dessus son épaule.

— Non, pas du tout, répondis-je, surpris par l’étrangeté de sa question.

— Bien.

Tandis qu’il s’affairait, je frottai le dos de ma main et me demandai quand j’étais devenu une telle mauviette. J’allais devoir reprendre le contrôle.

Il déposa un mug fumant en face de moi.

— Grog à la camomille. La recette de mamou.

— Mamou ?

— Ma grand-mère. C’est elle qui m’a élevé à la mort de mes parents. Attention, c’est chaud.

J’avais l’impression qu’il ne voulait pas s’épancher sur ses morts plus que moi. Par-dessus tout, je n’avais pas envie de connaître les détails intimes de sa vie. Ne pas fréquenter d’autres personnes et m’immiscer dans leur vie faisait partie de ma politique « sans complications ».

— Et toi, alors, tu étudies quoi ? m’enquis-je avant de prendre une gorgée précautionneuse.

Ça avait un goût affreux, avec pour salut le brûlant du rhum.

— Oh. Rien. Je suis pas étudiant.

Cette nouvelle me surprit : je ne m’étais pas imaginé qu’il puisse être autre chose.

— Tu fais quoi, alors ?

Il se mordit à nouveau la lèvre. S’il n’arrêtait pas, elles allaient finir par gercer.
— Je suis… hum… voyant.

Oh, génial, un taré. Je fis de mon mieux pour garder une expression neutre.

— Tu lis la bonne aventure ? demandai-je poliment.

La meilleure manière d’affronter des dérangés, c’est encore de leur faire croire qu’on les prend au sérieux.

— Non. Rien à voir. Je retrouve des choses.

L’intrigue se corsait.

— Quel genre ?

— Le genre que les gens égarent. Des chats, des chiens, des clés, des babioles.

Ça m’avait l’air bien louche, tout ça.

— T’arrives à gagner ta vie avec ça ?

Il haussa les épaules.

— En fait, je ne fais ça professionnellement que depuis peu de temps. Je fais aussi spectateur.

— Spectateur de quoi ?

— Je m’assieds dans le public pour les émissions télé, tu vois.

— Je pensais que les gens devaient faire des files monstres pour y participer.

— Pour les populaires, bien sûr, mais même celles-là ont tendance à engager quelques professionnels. Un public payé rira même si les blagues ne sont pas drôles. J’ai signé dans une agence de casting en tant que figurant, et c’e
st eux qui m’y envoient. Ça ne rapporte pas des masses, mais c’est toujours mieux que rien.

Je commençais à me douter qu’il allait me causer plus d’ennuis que je n’aurais cru. Il avait plutôt intérêt à payer sa moitié du loyer à temps. Je ne tenais pas une œuvre de charité pour les orphelins adultes, peu importe si leurs yeux sont très grands et très bleus.

Nous gardâmes le silence pendant que je buvais. Je m’habituais peu à peu au goût et je commençais à en ressentir les effets. Je savais qu’il m’observait, essayait de me cerner. Je fis de même. Il avait un visage ouvert, des taches de son sur le nez. Ses lèvres charnues semblaient sur le point d’esquisser un sourire à la moindre invitation.
— Léandre.

Je fis rouler le nom sur ma langue.

— Mmm ?
— C’est quoi comme nom, ça ?

— Ma mère m’a donné le nom d’un personnage de la mythologie grecque. Léandre est tombé amoureux de Héro, une prêtresse d’Aphrodite. Il traversait un détroit toutes les nuits pour la rejoindre. Elle allumait une bougie pour le guider. Puis, un soir de tempête, le vent a soufflé la bougie et il s’est noyé. Elle s’est jetée dans les vagues pour être avec lui à jamais.

Je pris un moment pour digérer son récit.

— C’est trop débile.

— Débile ?

Il ouvrit grand les yeux d’incrédulité.

Au risque de l’offenser, je m’en tins à mon opinion :

— Elle aurait dû utiliser une vraie lampe, ou du moins une torche, et lui aurait pu se servir d’un canot. Même à l’époque antique, les Grecs avaient des torches et des bateaux, non ?

Il leva les yeux au plafond.

— Les histoires d’amour tragiques sont les plus romantiques. Comme Roméo et Juliette, tu ne trouves pas ?

Je détestais cette connerie de pièce.

— Non. Des jeunes gens crèvent pour des raisons absurdes, parce que leurs familles sont des trouducs. C’est pas romantique, pour moi.

Je savais, en prononçant ces mots, que je prenais les choses trop à cœur. La famille d’Alicia et la mienne hantaient le fond de mes pensées.

Ses lèvres s’affaissèrent.

— Désolé.

Et maintenant, j’avais le sentiment d’être un enfoiré.

— Ne le sois pas. C’est mon problème, pas le tien.

Je posai la tasse vide et m’étirai.

— Je devrais donner une seconde chance au marchand de sable. Bonne nuit.
Je m’écartai de la table.

— Fais de beaux rêves.

Ça ne risquait pas. De retour dans mon lit, je fermai les yeux et le visage d’Alicia s’imposa à mon esprit, mais je ne voulais pas penser à elle, aussi me concentrai-je sur celui de Léandre à la place. Peut-être que si je comptais les taches de rousseur… Je sombrai avant d’arriver à cinq.


© Lou Harper, January 2012
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